les feuilletons d’autrefois

19 février, 2007

au nom de la loi (steeve mc queen)

Classé sous au nom de la loi,Non classé — maquesnot @ 13:47

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En France, Josh Randall a commencé sa carrière deux ans après son interruption aux Etats-Unis, le 25 mai 1963, le samedi soir à 20 h 30 soit au même horaire que dans son pays d’origine. La série fut un succès et 26 épisodes sont diffusés jusqu’au 16 novembre 1963, sans respect pour l’ordre de diffusion originel. Moins de quatre mois plus tard, le 7 mars 1964, le chasseur de primes est de retour pour six mois sur la première chaîne. En 1966 il passe sur la deuxième chaîne puis revient à la première en 1973. Jusqu’en 1981, de nouveaux épisodes seront diffusés sporadiquement : au total, 79 épisodes doublés, 77 diffusés. Il faudra attendre quelques années encore pour voir les derniers inédits, sur Canal Jimmy entre 1993 et 1995. Un « retour » dû en grande partie à la colorisation de la série, procédé qui permet la découverte par un nouveau public et dont a bénéficié aussi Zorro, autre classique de l’époque.

Par chance, Jacques Thébault double tous les épisodes depuis le premier, « Le journaliste », diffusé en mai 1963, jusqu’au dernier, adapté quelque trente ans plus tard. C’est lui aussi qui doublera Clint Eastwood dans une série western de la même époque, Rawhide, diffusée pour la première fois en France en 1986 par Canal . La même voix française pour deux icônes du cinéma ayant débuté au même moment à la télévision et symbolisant l’un comme l’autre le héros dur et solitaire de l’Ouest : on a déjà souligné en effet la parenté existant entre Josh Randall et le rôle qui fera la renommée d’Eastwood devant la caméra de Sergio Leone.

L’arrivée de Josh Randall en France fut saluée différemment par la « grande presse télé » et par la « grande presse » tout court. On lisait ainsi dans Télé 7 Jours : « A la télévision [...] on est resté au western tout en action et en pétarades. Au Nom de la loi, le nouveau feuilleton du samedi, et son héros, Steve McQueen, un « chasseur de primes » qui ne se sert pas d’un colt mais d’une carabine au canon scié, parviennent même à apporter un peu d’air nouveau dans un genre bien rebattu. » 2

Jacques Siclier, dans Le Monde, est plus réservé : « Voici qu’arrive, plus tôt que prévu 7, Josh Randall dans Au Nom de la loi. Héros très américain par sa profession de « chasseur de primes » qui n’a pas d’équivalent chez nous, son allure et ses manières le feront passer sans doute pour un cow boy nouvelle vague. L’acteur Steve McQueen a le visage pâlot d’un grand enfant naïf et un peu têtu. Rien de la virilité conquérante de Gardner McKay, le capitaine Troy 8, pour qui tant de coeurs soupirent… Au vrai, dans cette première aventure qui n’est ni très originale ni tellement bien réalisée, le personnage attachant était plutôt Michael Lipton, le journaliste. Mais cela peut changer. » 3

Télé 7 Jours contribua à la popularité de la série en consacrant plusieurs couvertures et plusieurs articles à la « star » Steve McQueen, que la France avait découverte au cinéma dans Les Sept mercenaires. Le « clou » de cette promotion eut lieu le 17 septembre 1964 lorsque l’acteur, invité par le magazine, participa à une grande fête organisée au Ritz en présence du Tout-Paris. Deux jours plus tard le magazine rendit compte de cette soirée dans son n° 235 tiré exceptionnellement à 1.500.000 exemplaires. Apothéose de la soirée : la vente aux enchères de la fameuse Winchester de Randall, adjugée à Gilbert Bécaud pour 15.000 francs aussitôt reversés au Mouvement pour les Villages d’enfants.

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Portrait d’un héros précuseur  

Au Nom de la loi repose essentiellement sur le personnage de Josh Randall. Les décors sont souvent interchangeables et d’ailleurs utilisés plusieurs fois, en particulier les saloons et les prisons. L’équilibre entre scènes d’intérieur et tournages en extérieurs est commun à la plupart des séries westerns, ainsi que le recours à des décors de studio pour les scènes de nuit (les bivouacs essentiellement) et certains plans circonscrits dans un espace relativement restreint comme une clairière (dans « La diligence » par exemple). La cinématographie elle-même ne cherche pas l’originalité et privilégie le plan rapproché et le gros plan pour les dialogues et les affrontements, ou les plans moyens et les plans d’ensemble pour les extérieurs. La plupart des épisodes impliquant des déplacements alternent ces tailles de plan de manière à construire une notion d’espace indissociable du genre. La structure narrative est linéaire et suit en général pas à pas le parcours de Randall, les chevauchées en extérieurs étant souvent utilisées pour suggérer l’écoulement du temps.

Josh Randall se veut un personnage atypique de « bad nice guy », selon une expression attribuée à Vincent Fennelly. La crainte qu’il doit inspirer aux criminels justifie son laconisme et l’aura de mystère qui l’accompagne. Son goût des parties de poker, de l’alcool et des filles de saloon, que l’on constate de loin en loin dans les séquences de « pause », contribuent à son image de solitaire et d’homme simple qui ne recherche pas la publicité (« Je pense le moins possible », dit-il dans « Les deux frères »…). Etre goujat avec les dames ou cynique face à ses interlocuteurs ne le dérange pas, au contraire, c’est une manière de tenir les importuns à distance. Dans « La novice », c’est une Mère Supérieure qui en fait les frais parce qu’elle n’a à lui proposer que des prières là où seul l’argent sait le motiver. Ce ne sont pas les prières qui le maintiennent en vie mais l’efficacité et la prudence. Il évite ainsi de se mêler des affaires des autres et n’accepte jamais une affaire s’il n’a pas le sentiment d’en maîtriser les données. Aucun argument ne saurait cependant peser plus lourd dans son choix que la monnaie sonnante et trébuchante.

Comme au poker, il lui arrive pourtant de prendre des risques : au début de « Coup de poker », justement, il risque sa mise sans être assuré du résultat. Régulièrement, il intervient non par appât du gain mais pour rétablir la justice ou au nom d’une notion qu’on jugerait a priori étrangère au chasseur de primes : la morale. Dans « Le procès », il s’improvise avocat pour donner une chance à l’accusé devant la partialité flagrante d’un shérif qui officie également en tant que juge et jury. Dans « 8 cents de récompense », il accepte, pour faire plaisir à un enfant, de retrouver… le Père Noël. Dans « Le prétendant », encore, il essaie de trouver une femme à un ami. Souvent couvert d’anathèmes et méprisé pour son métier, qui l’assimile à un chasseur d’hommes, Randall possède donc l’ambiguïté morale d’une sorte d’anti-héros en un temps où celui-ci n’est pas encore devenu la règle. Capable de tuer (« Randall ? J’ai déjà entendu parler de sa Winchester ! » dit un personnage de « La diligence »), réputé pour son intransigeance et son efficacité, il montre aussi une forme de compassion qui suffit sinon à le racheter du moins à le rendre moins détestable : plusieurs épisodes le confrontent à des femmes qui, d’abord hostiles ou réservées à son égard, découvrent à son contact les aspects les moins rudes de sa personnalité, ceux qu’il cache par égard pour sa réputation (et donc sa survie).

La dureté du chasseur de primes est souvent justifiée par l’attitude des gens qu’il rencontre. D’une part sa profession attire beaucoup de tueurs sans morale qui préfèrent abattre leur proie avant de la ramener (Daimler, dans « La contre-prime », ou encore Jarrett et Meadows dans « Les chasseurs de primes », stigmatisent ce genre de personnage). D’autre part les braves citoyens qu’il secourt parfois sont tout prêts à le sacrifier pour assurer leur bien-être, comme dans « L’otage ». Le cynisme de Randall apparaît donc davantage aux yeux de son public (nous) comme une preuve de lucidité et la série y gagne en force de conviction car elle évite l’angélisme naïf en ne présentant pas les victimes comme des innocents et les « méchants » comme des tueurs sanguinaires. Ceux-ci existent certes, et Randall en poursuit un dès le premier épisode, mais il arrive aussi que les fugitifs soient reconnus innocents du crime dont on les accuse. Certains scénarii optent ainsi pour une conclusion amère en révélant cette innocence alors que le fuyard est déjà mort, comme dans « Service rendu ».

L’exemple justifie l’attitude de Randall qui refuse de se constituer juge dans les affaires qu’il accepte. La culpabilité ou l’innocence de ceux qu’il recherche ne l’intéresse pas car elle relève de la Justice. Lui-même se considère comme un auxiliaire, non comme un exécutant. « Signes de piste » illustre bien cet aspect du personnage, qui ne tient pas compte de la version donnée par le père et la fiancée de l’homme qu’il traque. Au final, il apparaît que ce dernier est bien innocent et victime d’une machination mais cette hypothèse n’a pas dissuadé Randall de le chercher. Lorsqu’il prend position, par exemple dans « Le procès », il lui arrive d’ailleurs de se tromper : l’accusé qu’il a défendu par respect pour une justice équitable se révèle coupable in extremis ! Innocence et culpabilité ne vont jamais de soi et les bras armés de la justice peuvent à l’occasion être plus dangereux que les criminels qu’ils recherchent. Les victimes, de la même manière, ne sont pas forcément dénuées d’ambiguïté : dans « Signes de piste » encore, l’homme qui engage Randall pour retrouver Juan Portilla en l’accusant de l’avoir rendu infirme n’est pas ce qu’il prétend être. Cloué dans une chaise roulante, il tire en réalité les ficelles et utilise Randall pour parvenir à ses fins. La conclusion de « Sans pitié » agit comme un écho de cette intrigue lorsque Randall abat un infirme en fauteuil roulant, en état de légitime défense, dans une histoire où une fois de plus la victime apparente est moins innocente qu’il n’y paraît.

Redoutable, Randall l’est assurément : à un homme qui s’écrie « Vous ne tueriez pas un enfant ! » dans « Un étrange garçon » il répond : « J’ai pas le choix, ça devient une question de vie ou de mort ». Mais pas pour autant invincible, ainsi que le souhaitait McQueen. Non seulement il réfléchit à deux fois avant d’affronter plusieurs adversaires en même temps, préférant autant que possible rester à l’écart (dans « Sans pitié » par exemple, à l’occasion d’une bagarre générale dans un saloon), mais il peut aussi être sérieusement mis à mal par ceux qu’il recherche. Le Coréen de « Le Chinois » (un mauvais point aux traducteurs !) se défend ainsi en ayant recours à des arts martiaux totalement inconnus du pauvre Randall, bien mal en point après leur affrontement. Dans « Un étrange garçon », encore, il est blessé par balle et devient vulnérable. Courageux mais pas téméraire, Randall ne cherche pas à dissimuler sa peur : « Si c’est être lâche que d’avoir peur, vous avez un lâche devant vous », dit-il dans « Affaire de famille ».

Peu d’éléments seront donnés sur la vie privée du personnage, qui restera solitaire durant toute la série. L’adjonction d’un « assistant » dans quelques épisodes, à la fin de la deuxième saison, ne sera pas renouvelée et les intermèdes amoureux ménagés ici et là ne sont que des ponctuations dans la vie du héros solitaire. Que ferait-il d’ailleurs d’une femme ? « Avec le genre de vie que je mène, ça n’aurait aucun sens », déclare-t-il dans « Ange ou démon ». En revanche, on le surprend parfois en flagrant délit de tendresse paternelle, comme avec le jeune indien qu’il rencontre dans « Le monstre », seul rescapé du massacre de son campement, ou dans « Une mère, mais aussi une grand-mère » où il intervient dans une querelle de famille dont la principale victime est un jeune garçon. De sa propre enfance on sait qu’elle n’a pas dû être spécialement heureuse (voir « Ange ou démon ») et que son père avait « la bougeotte ». Si l’envie de fonder un foyer le titille parfois, « quand je passe devant une ferme le soir, quand je vois les lumières allumées » (« Ange ou démon » toujours), il préfère pourtant le célibat et la liberté. Signe de cette impossibilité de s’installer quelque part, il est rejeté par la ville où il passa son enfance dans « L’accusation ». Randall est un errant et doit le rester, sous peine de perdre son âme de héros.

L’intérêt de la série réside dans tous ces aspects qui en font une variation toujours attachante du héros de l’Ouest. « Vous ressemblez aux héros qu’on voit dans les livres », lui dit une femme dans « L’enlèvement », « vous secourez les demoiselles en détresse ». Pourtant le charme de Randall vient justement de ce qu’il ne se laisse pas enfermer dans cette définition qui sied volontiers aux héros mythiques dans la lignée du Lone Ranger ou de Zorro. Plusieurs épisodes révèlent le potentiel comique du personnage mais sa dureté n’en est pas moins évidente et l’on sent en lui une sorte de précurseur du Magnum de Bellisario : un maverick forte tête et amoureux de la liberté, pour qui l’amitié reste une valeur première même s’il a conservé peu d’amis véritables. Le jeu de McQueen, parfois jugé limité, convient tout à fait au personnage et lui confère une « force tranquille » entre rudesse et compassion. Vulnérable plus que fragile, vénal mais épris de justice, Josh Randall possède cette faculté d’incarner des fantasmes irréductibles : la liberté, la droiture et une conception sans fioritures de l’existence. De quoi le ranger au rang des icônes télévisuelles 9.

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